Opportunités de coopération France-Allemagne en neutronique

Compte rendu de la table ronde organisée lors du congrès de matière condensée de la Société Allemande de Physique (DPG Spring Meeting 2026), avec la participation des directeurs des grandes installations françaises et allemandes.

28 avril 2026

À l’occasion du congrès annuel de la Deutsche Physikalische Gesellschaft (DPG), une table ronde dédiée à la diffusion de neutrons a réuni les directeurs des principales installations neutroniques franco-allemandes — MLZ, JCNS, LLB et ILL — ainsi que les représentants des communautés utilisatrices de neutrons de la Société Française de la neutronique (SFN) et KFN. Le message adressé aux jeunes participants était sans ambiguïté : les opportunités sont nombreuses, tant sur le plan scientifique que professionnel.

Un outil scientifique aux applications multiples

La session s’est ouverte sur une présentation pédagogique illustrant la richesse des applications de la diffusion de neutrons : structure des cristaux et des polymères, dynamique (phonons, magnons), magnétisme et skyrmions, contraste isotopique… Des thématiques en résonance directe avec des enjeux sociétaux majeurs tels que les batteries, la santé, l’alimentation, l’environnement ou encore les technologies quantiques. La complémentarité avec la diffusion des rayons X a également été mise en avant : certaines mesures — notamment celles impliquant des atomes d’hydrogène ou des moments magnétiques — ne peuvent être réalisées qu’avec des neutrons.

Accéder aux faisceaux : lever les obstacles

L’accès au temps de faisceau a concentré une large part des échanges. Si le système de soumission de propositions — avec deux appels par an et un délai habituel de six mois — peut sembler contraignant, les directeurs ont rappelé que des voies d’accès plus rapides existent : accès en urgence, temps de faisceau interne pour des mesures exploratoires… Des outils de simulation (« jumeaux numériques » des instruments) seront bientôt disponibles pour aider à préparer les expériences. Surtout, les nouveaux utilisateurs sont activement encouragés à franchir le pas : les installations accueillent favorablement les profils qui apportent des idées nouvelles.

Pour se former, plusieurs dispositifs existent : école pratique de trois jours à l’ILL (CRG), écoles thématiques d’une ou deux semaines (ILL/Montpellier, JCNS), ou encore la célèbre école Hercules de cinq semaines. La SFN publie par ailleurs des manuels issus de ses écoles thématiques, accessibles gratuitement en ligne.

« Les nouveaux venus sont extrêmement bienvenus. Ils apportent des idées fraîches et permettent d’élargir notre communauté d’utilisateurs. » 

Message partagé par l’ensemble des directeurs d’installation présents.

Des débouchés professionnels concrets, en France et au-delà

La question « Y a-t-il un emploi pour moi dans la diffusion de neutrons ? » a structuré la seconde partie de la discussion. La réponse collective est positive : les besoins en recrutement sont réels, non seulement pour des postes de chercheurs, mais aussi pour des ingénieurs, des techniciens et des scientifiques d’instruments. Les parcours internationaux — doctorat dans un pays, post-doctorat dans un autre, poste permanent dans une installation tierce — sont courants et valorisés.

Les perspectives à moyen terme sont particulièrement encourageantes. En Europe, la Source Européenne de Spallation (ESS) à Lund accueille déjà des lignes de faisceau franco-allemandes communes. En France, la future source compacte ICONE (Saclay) et son homologue allemande HBS-1 (Jülich) ouvriront prochainement de nouveaux postes liés à leur conception, leur construction et leur exploitation.

~1 300

Utilisateurs KFN (230 institutions)

~1 500

Utilisateurs SFN (300 instituts)

~60

Projets ANR-DFG financés / an

Une coopération franco-allemande au cœur de la dynamique

La collaboration entre la France et l’Allemagne irrigue l’ensemble du paysage neutronique européen : développement d’instruments communs, lignes de faisceau partagées à l’ESS, et programme de financement conjoint ANR-DFG, qui a soutenu environ 60 projets par an depuis dix ans, pour un budget total estimé à 200 M€ dans chaque pays. L’ILL, de son côté, a décliné une stratégie scientifique articulée autour de thématiques prioritaires (batteries, santé, information quantique), avec des formats de projets innovants tels que des « hubs » et des « vitrines » scientifiques.

Pour en savoir plus sur les formations et les appels à propositions, consultez les sites de l’ILL, du MLZ, du JCNS et du LLB, ainsi que le site de la SFN.